Tweet me! Franz-Xaver Winterhalter     Victoria Ière, huile sur toile, 1842. Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon © RMN / Gérard BlotL’exposition universelle de 1855 est revisitée et offre un panorama de toutes les formes d’art à travers plus de 280 œuvres (peintures, sculptures, aquarelles, photographies, mobilier, céramique, orfèvrerie etc…). Le parcours permet notamment une confrontation inédite entre peinture française et anglaise à travers une sélection des œuvres exposées en 1855 au Palais des Beaux-Arts.

Sous le règne de l’empereur Napoléon III, le séjour de la reine Victoria - première visite officielle d’un souverain anglais à Paris depuis quatre siècles - est organisée à l’occasion de l’Exposition universelle de 1855, manifestation voulue par l’empereur en réponse à celle de Londres en 1851.

Les présentations des deux pays dominent largement l’Exposition et cristallisent deux stratégies économiques rivales : au bon marché anglais répond le choix français du luxe et de la création, qui s’appuie sur l’aura exceptionnelle de Paris, capitale des arts.

Les critiques sont néanmoins frappés des progrès réalisés outre Manche depuis 1851 dans le domaine des arts industriels et décoratifs. Cependant la France, représentée notamment par la Manufacture de Sèvres, ou par des maisons comme Barbedienne, Froment-Meurice, Christofle, confirme sa prééminence.

Certaines de ces œuvres, achetées par la reine Victoria ou offertes par Napoléon III comme cadeaux diplomatiques, n’ont jamais été montrées en France depuis 1855. De même, des objets d’art des collections du Victoria and Albert Museum de Londres, acquis en 1855 à Paris pour servir de modèles aux fabricants anglais, sont pour la première fois depuis 150 ans exposés en France.

L’Exposition universelle des beaux-arts affirma avec succès la domination de l’école française sur l’art continental, néanmoins les chefs reconnus de l’école, Ingres, Delacroix, Vernet et Decamps, étaient déjà en fin de carrière.

 

Sir Edwin Henry Landseer     Bélier à l’attache, huile sur bois, 1839. Victoria and Albert Museum, Londres © Victoria and Albert MuseumLe public français fut davantage intéressé par les oeuvres de Landseer et Mulready, célèbres par la gravure, ainsi qu’une pléiade d’artistes anglais de premier plan beaucoup moins renommés et qui exposaient pour la première fois en France. Quelques toiles de la toute jeune tendance anglaise des Préraphaëlites étaient présentées : elles apparurent comme l’aile radicale de l’excentricité anglaise.

Aussi l’Exposition fut-elle un choc esthétique : il existait une véritable école anglaise, originale et indépendante de l’art français. Selon les critiques parisiens, la suprématie française fondée sur la peinture d’histoire demeurait toutefois intacte : les Anglais n’avaient pas un système d’encouragements officiels favorable à la « grande peinture », leur touche était trop fine, leur couleur trop brillante.

On opposait volontiers la virilité héroïque de l’art français à la coquetterie et à la grâce superficielle de l’école anglaise. Aux yeux des Anglais, à l’inverse, cette virilité avait nom violence (les French horrors) et cette franchise d’exécution lourdeur et grossièreté…

Jean-Louis Ernest Meissonnier  La rixe, Huile sur bois, 1855. Royal Collection, Londres (c) The Royal Collection/2008 Her Majesty Queen Elisabeth IISi la peinture d’histoire demeurait au coeur du débat critique, la peinture de genre sortit dans les faits, victorieuse de l’Exposition. Le public plébiscita Decamps et Meissonier, auteur de La Rixe offerte par Napoléon III au prince Albert, ainsi que Landseer et William Mulready côté anglais. Les qualités de la peinture anglaise brillaient dans ce registre : sens de l’expression et de la psychologie, inspiration historique et littéraire, tendresse particulière pour le monde des enfants et des animaux. Toutefois, la civilisation britannique demeurait exotique et l’humour, l’ironie, la finesse des œuvres anglaises restaient parfois lettre morte pour les visiteurs français.

Dans la peinture de paysage, les Français étaient jugés désormais supérieurs, tandis que le genre du portrait, fidèle à la touche large et brillante des Reynolds et des Lawrence, demeurait le domaine d’excellence de l’art britannique. Le réalisme apparaissait comme le caractère principal de l’art anglais. A la même époque, on débattait alors à Paris des toiles de Courbet, jugées triviales, et du rapport entre art et photographie.

Les sections présentant La galerie d’aquarelle anglaise, les Photographies anglaises et françaises (présentées au palais de l’Industrie et non dans celui des Beaux arts), les Estampes anglaises et françaises et les Sculptures anglaises et françaises sont également à découvrir avec intérêt.

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